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Le jour où mon père m’a emmené à l’Élysée…

14 juillet oblige, il faut quand même que je vous raconte ce jour-là. Ce jour où je me suis retrouvé au défilé et à la Garden Party de l’Élysée. C’est une histoire que vous ne risquez pas de lire beaucoup sur d’autres sites… c’est ce qui la rend presque unique, pour ne pas dire « inoubliable » à mes yeux !

Avant de vous la raconter quelques remerciements s’imposent : à mes parents notamment, et à quelques personnes de la Préfecture du Calvados qui se reconnaitront si ils lisent ces lignes.

Vous aimez les petites histoires de gens ordinaire dans des lieux extraordinaires ? Alors c’est parti …

Une invitation inattendue

C’était au printemps 2002, un printemps semblable à tout les autres à l’exception près que j’avais 17 ans et que je préparais mes premières épreuves pour le Baccalauréat…

Récompensant mes efforts déployés tout au long de l’année mes parents avaient décidé de m’emmener avec ma meilleure amie dans le sud de la France pour une semaine de récupération avant les épreuves … avec tout un programme de révisions bien sûr !

Nous étions en route vers le soleil quand mon père reçu un coup de fil de l’un de ses meilleurs amis, travaillant alors à la Préfecture de Caen. De l’échange je n’ai eu que les réponses hilares de mon père qui croyait à une plaisanterie, habitué entre eux à se faire toutes sortes de blagues

Extrait :
–  » Le 14 juillet ? Rien, rien de spécial, pourquoi ?
– Au défilé ? Vous voulez que je défile ? ^^
– Ah bah si vous m’invitez c’est différent… on défile ensemble alors (…)
Non mais vous n’êtes pas sérieux … vous me faites marcher ! (…)
La Garden Party du 14 juillet ? Ça ne marchera jamais voyons…

Mon père raccrocha, partagé entre doute et hilarité… Il me semblait qu’il n’avait pas tout compris et que rien n’avait l’air certain… C’est dans toute ces interrogations que nos petites vacances commençaient.

Une invitation officielle

Qu’est ce qu’on met pour être présenté à un Président de la République ? Voilà à peu près la question que nous nous posions avec ma mère en plein Mondeville 2. De retour de vacances depuis quelques semaines, nous en avions appris un peu plus sur ce fameux 14 juillet…

La Présidence de la République avait choisi pour thème cette année-là la Légion d’Honneur. Thème tout trouvé car c’était l’année de bicentenaire de sa création. Il avait donc été décidé en haut lieux que les invités personnels du Président serait cette année là des chevaliers, des officiers, des commandeurs de la Légion d’Honneur, à travers toute la France. Pour la délégation de l’ancienne Basse-Normandie le nom de mon père (alors « simple » Chevalier) avait été retenu, eu égard à son action sociale qui lui avait valu le surnom de « L’Abbé Pierre Caennais », un surnom né de sa rencontre et ses correspondances avec l’Abbé Pierre en personne.

Pour honorer ses illustres représentants de la Légion d’Honneur l’Elysée avait prévu dans l’invitation :
– un accès aux tribunes officielles de l’Elysée pour assister (assis) au Défilé
– un accès à la Garden Party officielle dans les jardins du palais
– une présentation personnelle au Président Chirac et à la Première Dame.

Une tenue pour l’Élysée…

C’est donc pour tout ça, oui tout « ça » qu’il me fallait une tenue de circonstance. Mais à 17 ans on ne jure que par les jeans et on a pas tellement envie de se déguiser en dame. J’avais peur qu’il pleuve ou au contraire qu’il fasse trop chaud, car entre le défilé et la Garden il serait évidemment impossible de se changer. J’optais donc pour une tenue classique, jean clair et chemisier blanc. Avec le recul je me dis qu’une robe un peu habillé aurait mieux fait sur la photo officielle mais ce n’était pas mon genre de l’époque, ce serait en jean ou rien du tout… !

invitation - 14 juillet - elysee

Une nuit presque normale

Nous avons passé la nuit précédente chez des amis parisiens. De mémoire j’ai très bien dormi, je crois que je ne réalisais pas vraiment la journée que j’allais vivre. A 17 ans on se dit juste :  » Ouais, cool, l’Elysée un 14 juillet, je vais pouvoir raconter des tas de trucs à mes copains »… l’inconscience de la jeunesse. Facebook et les réseaux sociaux n’existaient pas encore, donc je misais tout sur mon récit et les quelques photos que j’aurais le droit de faire. Parlons-en des photos, est-ce que mon appareil est rechargé ? Mon téléphone portable n’a plus trop de batterie mais ce n’est pas grave, il vaut mieux recharger l’appareil photo c’est plus important … Tout une époque !

14 juillet – Jour J – Heure H

Il est bien tôt, très tôt, trop tôt … Avoir l’honneur d’assister au défilé en tribune officielle ça se mérite. L’Élysée demande à ses invités de bien vouloir se présenter au moins 2 heures avant le début du défilé (ce qui correspond à peu près à l’heure de prise d’antenne par TF1). L’ami de mes parents nous avait déposé mon père et moi au plus près du portique de sécurité. Son épouse et ma mère était resté à l’appartement. En effet le Palais n’autorise qu’un seul accompagnant, ma mère s’est « sacrifié » et l’accompagnant c’était moi…

Arrivés sur place, nous étions face à un important dispositif de sécurité. Il faut montrer patte blanche, c’est à dire invitations officielles, papiers d’identité, et se faire fouiller bien sûr. Ensuite vous remontez l’avenue des Champs sur les côtés (c’est à dire sous les arbres) jusqu’à la tribune indiquée dans l’invitation.

Des rumeurs d’attentat…

De ce défilé je me rappelle 2 choses :
– le sourire de mon père, partagé entre la gène d’être si avantageusement placé et la fierté, c’est pas tout les papas qui peuvent emmener leur enfant assister au défilé en tribune officielle
– la vitesse avec laquelle le cortège présidentiel est passé…

Souvenez-vous… nous sommes en 2002, l’année où l’on a tiré sur le Président pendant le défilé. De là où nous nous trouvions nous n’avions rien vu rien entendu. Je me suis juste dit : « Il a intérêt à s’accrocher, ils vont trop vite ». Après je me souviens m’être rassuré en me disant que c’était peut être comme ça tout le temps et que c’est la retransmission télé qui donnait un effet plus ralenti… ce n’est que quelques heures après que nous avons appris.

Direction la Garden…

Le défilé fini, il faut se diriger vers le Palais et surtout la Garden. Je me souviens juste d’une petite marche sportive, car tout le monde se presse (forcément). Plus vous êtes près de la Tribune Présidentielle, plus vous êtes loin de l’entrée des Jardins du Palais.

Un nouveau dispositif de sécurité entoure l’entrée des jardins et il me semble que le personnel est un peu plus nerveux qu’en début de matinée… à ce moment là on entend juste des rumeurs de tireur isolé …

Les jardins de l’Élysée c’est quelque chose, on dirait une mini vallée. Je les pensais plus grands mais je me rend compte que vides ils doivent paraître bien plus grands car là il y a multitude de stands et de tonnelles. Stand est un terme étrange dans ce contexte car sur les devantures étaient offerts à la dégustation les plus grands vins et les plus grands mets de la France entière, région par région. A mon grand regret je n’ai jamais trouvé le « stand » Normandie. Je me rappelle ne m’être pas beaucoup attardé dans les jardins, il faisait si chaud. Ce qui m’intéressait c’était de rentrer dans le Palais … tant qu’à faire !

 » C’est Monsieur Sarkozy ! « 

Je ne sais plus si je suivais mon père ou si c’est mon père qui me suivait quand un serveur nous a tendu une coupette à chacun. Nous nous sommes dis en chœur : « Celui-ci il doit être bon !!! « , effectivement !

De l’intérieur du Palais enfin du grand salon je ne me souviens que d’une chose : la grandeur des tapis, des lustres, des fenêtres …

J’avais laissé mon père profiter de ce salon et j’étais partie « à l’aventure ». En regagnant le perron qui menait aux jardins remplis de convives je vis au loin un grand rassemblement, une sorte d’essaim qui semblait se déplacer en suivant quelqu’un…

– « J’adore votre chemisier !!! »
Je répondis un merci timide, ne sachant pas du tout à quelle dame je m’adressai.
– « Regardez Mademoiselle, vous ne verrez pas ça tous les jours, ce n’est même pas le Président qu’ils suivent »… renchérit l’homme qui l’accompagnait. »
– « Qui est-ce ? » demandais-je, ne sachant toujours pas à qui j’avais l’honneur.
– « C’est Monsieur Sarkozy », c’est votre actuel Ministre de l’Intérieur… il finira Président, vous verrez… nous en reparlerons !
On ne reparlera de rien du tout !  Je profitais du passage d’un serveur pour lui demander :
–  » Excusez moi, qui est-ce ? »
– « Ce sont les Tiberi, Monsieur est l’ancien maire de Paris… »

 » Enchanté ! « 

En essayant de retrouver mon père vers le grand salon je vis descendre une silhouette qui, enfin, ne m’était pas inconnue.
Ne me demandez pas comment je me suis retrouvé sur le chemin de PPDA, je me suis entendue dire  » Bonjour M. Poivre d’Arvor ». Il était exactement comme à la télé, en un peu plus maquillé ! Je compris, grâce aux questions de son entourage qui se pressait autour de lui, qu’il venait juste de finir l’interview présidentielle. C’était le top départ pour le moment que j’attendais : la présentation au Président.

Étrangement je ne m’étais pas posé la question plus tôt (insouciance de la jeunesse) mais comment on salue un Président de la République ?

 » Monsieur Le Président, Madame… »

L’Élysée a tout prévu et une fois tous rassemblé et amené dans la Cour d’Honneur (celle qu’on voit toujours à la télé) le Chef du Protocole – si ma mémoire est bonne – nous a briefé sur la façon de saluer le Président et Madame.

–  » Vous devrez dire bien sûr Monsieur le Président. Et pour Madame Chirac, un simple Madame suffit. Merci de ne pas leur parler des évènements de ce matin (l’attentat manqué) sauf si ils en parlent eux-même bien entendu. Ensuite vous serez invité à faire une photo de groupe puis chacun votre tour avec Monsieur Le Président et Madame ».

Souvenir marquant, 2 minutes avant qu’ils arrivent, tout le monde, personnels comme invités étaient en train de s’ajuster, nœuds de cravate, coiffure, chaussures, tout ! Ce qui m’amusait beaucoup car mon père devait être le seul à ne pas avoir de cravate à resserrer… au moins lui il respirait !

Et puis ils sont arrivés … j’ai trouvé le Président étrangement calme et serein pour quelqu’un qui venait de passer à côté de l’au-delà. Madame semblait moins détendue, c’est d’ailleurs elle qui lança la conversation sur les tristes évènements de la matinée. Je me rappelle très bien l’avoir entendu dire qu’il était surexposé et qu’il prenait trop de risques… Nous leur avons été présenté chacun notre tour, nous avons fait les photos et ils sont repartis auprès de leurs invités. Adorables !

 « Monsieur Raffarin, il y a encore des gens qui souffrent dehors »

Le couple Présidentiel a dû rester quinze, vingt minutes avec notre délégation. Dès qu’ils furent repartis, tout le monde souligna leurs sympathies, notamment celle du Président, pour un homme qui vient pratiquement de se faire tirer dessus. La Garden Party touchait à sa fin, il devait rester une petite heure avant qu’on nous fasse comprendre poliment qu’il était l’heure. Nous nous redirigions avec mon père vers le Palais quand, à nouveau, tout un cortège s’avançait. Nous avons reconnu aussitôt l’actuel Premier Ministre M. Raffarin. Il ne semblait pas vouloir s’arrêter et avait l’air de se diriger d’un pas assuré vers la « sortie ». C’est à ce moment que j’entendis mon père dire :  » Monsieur Raffarin ! »

Comme dans les films, les gens qui avaient entendus s’arrêtèrent et observèrent la réaction du 1er Ministre.
–  » Monsieur Raffarin, bonjour, excusez moi mais il y a des gens qui souffrent dehors et qui dorment encore dans la rue en France « 
Le Ministre s’est retourné et a répondu :
–  » Nous savons Monsieur, nous y travaillons ! « 
C’était le 14 juillet 2002, il y’a plus de 18 ans maintenant… (soupir).

Le mot de la fin…

Ce jour là nous avons également vu le ministre de l’Education Nationale Luc Ferry, et d’autres ministres de l’époque.  Je n’ai pas pu faire autant de photos que je voulais, nous n’avions pas trop le droit et de toute façon je n’avais plus beaucoup de batterie (maudite soit cette époque où les appareils ne tenaient pas la demie journée).

Je sais que je ne retournerai probablement jamais à l’intérieur du Palais. Ce jour n’existe désormais qu’à travers quelques photos et ce récit… comme le jour où un Président de la République a eut la chance de rencontrer un Abbé Pierre … de Caen pour son 14 juillet !

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